SYRIE : Le pays en proie à une crise économique et humanitaire sans précédent

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Devant le Conseil de sécurité, le 21 décembre, le Secrétaire général adjoint Martin Griffith et l’Envoyé spécial de l’ONU Geir O. Pedersen ont décrit un pays en proie à la pire crise économique depuis le début du conflit en 2011, alors que les violences perdurent et laissent craindre des escalades ,

« En Syrie, durant l’année 2022, de nombreux records ont été battus ; des records négatifs » a déclaré Martin Griffiths, citant les ravages des hostilités, qui, dans le seul Nord-ouest de la Syrie, ont causé la mort d’au moins 138 civils et 249  blessés entre janvier et novembre, et l’accroissement, sans précédent depuis le début de la crise dans ce pays en 2011, du nombre de personnes nécessitant une aide humanitaire : 14,6 millions de Syriens, soit 1,2 million de plus que l’année dernière ; un nombre inédit qui selon lui devrait atteindre 15, 3 millions en 2023.

La pire situation économique depuis 2011

Dans le même temps, les conditions socioéconomiques ont continué de se détériorer, pour atteindre, elles aussi, leur pire niveau depuis 2011. La spirale de l’inflation intérieure, dû à la dévaluation de la monnaie nationale, conjuguée à la hausse des prix mondiaux des denrées et des carburants, a fait bondir les prix des produits alimentaires de plus de 90%. « 12 millions de personnes, plus de la moitié de la population, peinent à acheter de quoi se nourrir, et près de trois millions de personnes supplémentaires pourraient sombrer dans l’insécurité alimentaire, particulièrement les foyers dirigés par des femmes, qui ressentent le plus durement ces tendances néfastes » a averti le Coordonnateur des secours d’urgence, en précisant que les organisations humanitaires fournissent déjà une aide vitale à 7,8 millions de personnes.  

Résurgence du choléra

Martin Griffiths s’est aussi dit préoccupé par la première résurgence du choléra en 15 ans, marquée par quelque 62 000 cas suspects signalés au 18 décembre et une centaine de morts. La conséquence, selon lui, de la dégradation du système de santé publique, des difficultés d’accès à l’eau et à l’assainissement, dus à l’endommagement des infrastructures par les conflits ou les catastrophes naturelles.

Tout en appelant à de nouveaux fonds pour renforcer la riposte sanitaire par les partenaires humanitaires, le Secrétaire général adjoint a jugé « décourageantes » les perspectives de financement pour la Syrie. Il a déploré que la réponse à la préparation de l’hiver, qui concerne 6 millions de personnes, une augmentation de 33% en un an, n’est toujours financée qu’à 21%, et que le Plan de réponse humanitaire 2022 n’a reçu que 43% des fonds attendus…

Martin Griffiths a aussi rappelé que dans moins de trois semaines, la résolution 2642 (2022), qui permet d’acheminer une aide humanitaire transfrontalière au nord-ouest de la Syrie va expirer, ce qui pourrait compromettre l’acheminement de l’aide au moment où les populations en ont le plus besoin.

Des conflits qui perdurent

Pour sa part, Geir O Pedersen, Envoyé spécial de l’ONU en Syrie, a souligné que le conflit perdure dans le pays, et qu’en dépit de l’absence d’offensives de grande ampleur, les risques d’escalades militaires, et même d’une détérioration catastrophique de la situation sont réels. « La priorité est d’éviter ces escalades et de restaurer un calme relatif sur le terrain » a-t-il déclaré au Conseil, en rappelant qu’un patchwork d’accords bilatéraux conclus par les acteurs clés dans la région, entre la Turkiye, la Russie  et les Etats-Unis, a contribué à réduire les violence, mais demeure fragile.

Protèger les civils et rétablir le calme

Lors d’une réunion plénière du groupe de travail sur le cessez le feu à Genève, Geir O. Pedersen a réitéré son message aux Etats disposant d’une influence sur le terrain « Montrer de la retenue, protéger les civils ; rétablir le calme; travailler à consolider cette mosaïque d’accords en un cessez-le-feu à l’échelle nationale; et d’assurer une coopération dans la lutte contre les groupes terroristes inscrits sur la liste du Conseil de sécurité, conformément à la politique internationale et au droit international ».

L’envoyé spécial a souligné la nécessité de mettre en œuvre pas à pas des mesures de rétablissement de la confiance, « des mesures concrètes et réciproques des parties prenantes syriennes et internationales qui pourraient nous faire avancer sur la voie de la résolution 2254 et auraient un impact significatif sur la vie des Syriens ordinaires ».  

Libèrer les victimes de détentions arbitraires et faire la lumière sur les disparus syriens.

Ce même jour, Antonio Guterres a l’issue de sa rencontre avec les représentants du Groupe de la Charte vérité et justice sur la Syrie, a appelé à la libération de tous les Syriens arbitrairement détenus et demandés que le sort des personnes disparues soit déterminé et révélé. Le Secrétaire général a réitéré son appel aux États Membres pour qu’ils envisagent de créer, par l’intermédiaire de l’Assemblée générale, un nouvel organe international chargé de faire la lumière sur le sort des personnes disparues en Syrie et de fournir un soutien adéquat aux victimes, aux survivants et à leurs familles.   

Geir O. Pedersen, pour sa part regretté l’absence de progrès tangibles du processus politique en Syrie, que la géopolitique mondiale rend plus compliqué encore. « Les Syriens de tous horizons me disent que la situation actuelle est inacceptable et insoutenable a-t-il confié. A leurs yeux, il n’est plus possible de maintenir le statu quo et de laisser ainsi la situation se détériorer ainsi »

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